Mohammed Aïssaoui

  • Les funambules

    Mohammed Aïssaoui

    « J'exerce le métier de biographe pour anonymes. Je raconte les vies de ceux qui ne trouvent pas les mots. Ceux qui pensent utile de narrer leur histoire afin qu'un membre de leur famille éclatée puisse la découvrir un jour. Chaque fois, j'ai l'impression de rédiger des messages dans des bouteilles jetées à la mer. À force, j'ai compris : on écrit pour soi. » Le narrateur a quitté son pays natal à neuf ans, avec sa mère devenue « analphabète bilingue ». D'une enfance pauvre dont les souvenirs reviennent par bribes, il a su sortir grâce à la littérature et aux diplômes universitaires. Il raconte à présent l'existence des bénévoles qui prennent soin des plus démunis. C'est une plongée dans le milieu associatif où il rencontre des personnes dévouées au sein des Restos du coeur, d'ATD-Quart Monde ou des Petits frères des pauvres. Ces bénévoles se confient, disent ce qui les poussent à tendre la main. Le narrateur pense que le monde tourne grâce à des êtres comme eux, ces héros de l'ombre. Dans sa quête, il espère retrouver Nadia, son amour de jeunesse. Ce faisant, il ira à la rencontre de lui-même.

    1 autre édition :

  • « Le 16 mars 2005, les archives concernant "L'affaire de l'esclave Furcy" étaient mises aux enchères, à l'hôtel Drouot.
    Elles relataient le plus long procès jamais intenté par un esclave à son maître, trente ans avant l'abolition de 1848. Cette centaine de documents, des lettres manuscrites, des comptes rendus d'audience, des plaidories, illustrait une période cruciale de l'Histoire. Les archives révélaient un récit extraordinaire : celui de Furcy, un esclave âgé de trente et un ans, qui, un jour d'octobre 1817, dans l'île de la Réunion que l'on appelle alors île Bourbon, décida de se rendre au tribunal d'instance de Saint-Denis pour exiger sa liberté.
    Après de multiples rebondissements, ce procès, qui a duré vingt-sept ans, a trouvé son dénouement le samedi 23 décembre 1843, à Paris. Malgré un dossier volumineux, et des années de procédures, on ne sait presque rien de Furcy, il n'a laissé aucune trace, ou si peu. J'ai éprouvé le désir, le désir fort, impérieux, de le retrouver et de le comprendre. De l'imaginer aussi ».

    1 autre édition :

  • "Sur les 23 000 "Justes parmi les nations", il n'y a pas un seul Arabe et pas un musulman de France ou du Maghreb. Alors, j'ai décidé de chercher. On m'a souvent répété : "Mais les témoins sont morts aujourd'hui." J'ai exhumé des archives, écouté des souvenirs, même imprécis, et retrouvé de vraies histoires : comme celle de cette infirmière juive ou celle du père de Philippe Bouvard qui ont échappé à la déportation grâce au fondateur de la Grande Mosquée de Paris, Kaddour Benghabrit.
    Cet homme a sauvé d'autres vies. Et l'action du roi Mohammed V au Maroc durant l'Occupation ne lui vaudrait-elle pas aussi le titre de Juste ? "Celui qui écoute le témoin devient témoin à son tour." J'avais toujours à l'esprit cette phrase d'Elie Wiesel. Je l'ai écrite plusieurs fois, et suis parti en quête de témoins pour ne pas rompre le fil ténu de la mémoire." Mohammed Aïssaoui.

    1 autre édition :

  • «De mes souvenirs d'enfance, je ne garde qu'un arbre penché sur une rivière. La fraîcheur de l'eau, le soleil l'après-midi, les noyaux d'abricots, et c'est tout. Oubliés les prénoms de mes amis. Les noms de famille de mes voisins. Les parfums et les jeux. La faute à un choc : à neuf ans et demi, je quittais un pays pour un autre. Deux ou trois heures de voyage, ça peut vous tuer une mémoire, et faire sauter les plus beaux souvenirs : ceux de l'enfance insouciante. Ce petit éloge est né de ce choc. Aujourd'hui, j'ai atteint le demi-siècle et je cours toujours après ces souvenirs qui s'éloignent à toute vitesse. Il paraît que la mémoire est un muscle qu'il faut faire travailler. C'est à cette gymnastique littéraire que je vous convie.»

  • Comme le souligne l'histoire drôle qui inaugure l'ouvrage : « C'est l'histoire d'un Juif qui rencontre un autre Arabe », il est temps de faire un pendant à l'humour juif, même si, comme le souligne la préface : « Associer humour et arabe, ce n'est vraiment pas tendance, et plutôt osé ». On trouve des blagues, des portraits d'humoristes arabes (et parfois arabes et juifs comme Guy Bedos, par exemple) et certains de leurs sketches (relire « Le Président » de Smaïn est un vrai bonheur), des articles parus sur le sujet. Il y a un type d'humour typiquement arabe lié à la vie politique, on aime bien se moquer de ses dirigeants, en voici un exemple :C'est une histoire qui se passe au Caire. Tous les jours, il y avait une blague contre Nasser. Elle était racontée le matin et faisait le tour de la ville durant la journée ; le soir elle arrivait au palais présidentiel.« Trouvez-moi ce salopard qui raconte ces histoires », s'insurge Nasser. Les hommes du président finissent par dénicher un pauvre type, vieux, édenté. Ils l'emmènent au palais.« Tu aurais pu être mon père, même mon grand-père, tu te rends comptes, et tous les matins tu te fous de moi, tu me dénigres. » Et Nasser d'ajouter : « Tu me dénigres. Moi qui ai libéré ce pays, moi qui lui ai apporté prospérité et bien-être, moi qui ai donné de l'espoir au monde arabe, moi qui. »Le vieil homme ose interrompre le président et lui dit : « Ah ! Non, moi, j'ai jamais raconté cette blague ! »Comme tout humour qui se respecte, celui-ci intègre les préjugés et les retourne : pas de politiquement correct donc !

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