Une maison d'édition à Comme une orange

  • De 1870 à 1872, à la faveur d'escales sur les côtes américaines, le jeune officier de Marine Julien Viaud découvre « les débris de la race indienne » en Nouvelle-Écosse, les Basques d'Uruguay, des tribus perdues de la T erre-de-Feu, les belles Carmencita de Valparaiso, la fête à San Francisco... Curieux, ardent, il dessine gens et paysages, prend des notes, publie ses premiers articles qui annoncent le grand Loti.
    Bien plus tard, en 1912, la première mondiale de La Fille du ciel, sa pièce «chinoise» coécrite avec Judith Gautier attire l'auteur d'Aziyadé pour six semaines à New York, cette « Babel effrénée » dont il se plaît à rapporter la vision pleine d'ironie d'un « Oriental très vieux jeu ».
    />

  • « Je n'étais pas né pour m'éparpiller sur toute la terre, m'asseoir au foyer de tous les peuples, me prosterner dans les mosquées de l'Islam, mais pour rester, plus ignorant encore que je ne suis, dans ma province natale, dans mon île d'Oleron (...) », écrit Pierre Loti au seuil de sa vie.
    Né en 1850 à Rochefort, c'est à Oléron, dans la «Maison des Aïeules», qu'il sera inhumé en 1923 suivant son voeu. Dernière escale du grand voyageur au pays de sa mère d'où il a rapporté les belles pages, peu connues ou inédites, réunies ici.
    Vie austère des femmes huguenotes, marais salants, scènes d'enfance heureuse, marins en bordée... Des tableaux, éclairés de documents et commentaires originaux, qui font découvrir un autre Loti, celui de l'enracinement.

  • Salué par Henry James comme par J.-L. Borges, traduit en des dizaines de langues, Pêcheur d'Islande , paru en 1886, est le plus célèbre des livres de Pierre Loti. Mais se rappelle-t-on bien la force que recèle ce grand roman « breton » ? C'est une véritable tragédie de la mer qui s'y joue. Elle s'ancre dans la peinture réaliste et fantastique d'un métier et d'une région alors mal connus.
    Elle met aux prises des personnages de passion dont la violence fait écho à de puissants paysages et aux tourments de la propre existence de l'écrivain. Du grand art, soulignent les préfaciers Bruno Vercier et Alain Quella-Villéger, qui ont dirigé cette édition assortie d'éclairages nouveaux et d'une iconographie souvent inédite.
    />

  • Après Pierre Loti dessinateur , un nouveau et passionnant carnet de voyages qui révèle le talent de photographe de cet artiste polymorphe et ra£ né. Car l'ensemble de l'oeuvre photographique de Loti n'avait encore jamais fait l'objet d'un beau livre. Pourtant, cette oeuvre est foisonnante.(plus de mille clichés, dont les meilleurs, environ cinq cents, fi gurent ici), aboutie.(Loti fait montre d'un sens aigu du cadrage), vivante (ses images fourmillent de gens), édifi ante (elle témoigne d'une époque, les confi ns des XIXe et XXe siècles, principalement à Istanbul, en Perse, en Inde et en Extrême-Orient, et inspirée.(comme dans son oeuvre dessinée, le reporter cède souvent le pas au portraitiste, au romantique, à l'enfant tôt pénétré de l'évanescence des choses qu'il n'a jamais cessé d'être).

  • La chambre close qui enferme dans le harem et le studio photographique, la zaouïa et l'asile, l'hôtel et le bordel, le foyer des chibanis, la laverie et la prison... La chambre d'amour fou, interdit, clandestin, tarifé, criminel... Le lieu de l'aventure immobile et vagabonde, intime, secrète, érotique, meurtrière... On est au XIXe, au XXe et au XXIe siècles, entre Orient et Occident, entre Alger et Lyon, Constantine et Marseille, Oran et Paris, Ténès, Lille, Clermont-Ferrand et Rochefort. Des histoires minuscules dans la violence de l'Histoire, toujours présente chez Leïla Sebbar. Faisant écho à la fameuse Histoire de chambres de la préfacière, l'historienne Michelle Perrot, elles disent autrement la vie, l'amour, la mort dans la chambre, et témoignent d'un grand talent de nouvelliste.

  • La Corse et les insurgés kabyles de 1870.
    Marseille où Isabelle Eberhardt travaille sur les docks comme écrivain public. Tunis, avec la servante noire Khadija. Noyant d'Allier et l'Indochine. Les bords du Rhône à Lyon. Paris, la prison de la Santé, la banlieue... Le Sahel, les Hauts Plateaux, Hennaya, avec Safia la Rouge. Et Alger, avec Zizou, fan de Zidane. Du pays natal au pays étranger, d'hier à aujourd'hui, la guerre, les guerres, la mémoire du pays perdu, l'intimité cruelle, ironique et tendre de l'exil : l'univers de Leïla Sebbar, son art de la nouvelle.

  • PARIS, 13e, 19 JUIN 2010. Brocante boulevard Blanqui.
    Le couple a abandonné sa place aux brocanteurs. 11 HEURES. Elle me demande une cigarette près de la BNP Paribas. Je ne fume pas. Elle se dirige vers le passant suivant. 17 HEURES. Ils dorment tête-bêche contre la bâche de la brocante. Elle, la jambe gauche repliée couverte d'un bas résille, l'autre non. Lui, couché sur le côté droit, la main gauche glissée dans son jean à elle, au creux des fesses.
    21 JUIN 2011, 11 HEURES. C'est l'été. L'un est assis en tailleur. L'autre, allongée en odalisque, sa position favorite. Il roule une cigarette, longuement. Elle s'impatiente. Il l'allume, la lui donne.
    10 SEPTEMBRE 2011. Seul sous le viaduc, agenouillé devant une canette STRONG, comme en prière, il ne bouge pas. Où est-elle ?

  • «Dis, ce livre, tu l'écriras?» Le voici, des années après que la question fut posée à Jean Lebrun par Bernard, son compagnon, un fou de couture qui l'avait converti à Chanel et entraîné dans une quête d'elle, menée dans l'urgence, parce qu'il savait ses jours comptés.
    « Nous allons battre les haies, explorer les coins, débusquer les témoins qui ne parlent pas comme des livres.» Le récit de cette quête conduit à des lieux moins attendus que la rue Cambon et le Ritz, à des personnages qu'on ne croirait pas si proches, tel Robert Bresson que Mademoiselle couva et inspira. Et il donne un supplément de vie à l'insaisissable Chanel. Aussi à un mort anonyme de 30 ans qui avait choisi d'en faire sa protectrice. Car, en même temps qu'une sorcière, elle était une fée.

empty